Fleur bulbeuse : Lesquelles choisir, que sont les bisannuelles ?

La manière de concevoir le décor printanier du jardin dépend évidemment de la disposition et du caractère de celui-ci. Deux tendances se partagent les faveurs des paysagistes d’aujourd’hui et elles peuvent inspirer vos propres réalisations.

Fleurs bulbeuses : A la française ou à l’anglaise ?

Les uns sont partisans de créer de grandes zones colorées, d’un seul tenant, de façon à obtenir un effet de masse qui s’impose irrésistiblement à l’oeil par son importance, quitte à ce que les plantations florales n’occupent qu’une petite partie du terrain, le reste de la surface étant dévolu par exemple à la pelouse. Les autres préfèrent diviser, essaimer les centres d’intérêt aux quatre coins du jardin pour composer autant de scènes qui peuvent être de caractère assez différent.

Cette article est consacrée à la première tendance et vous montre deux options possibles entre lesquelles vous choisirez selon que votre goût va plus volontiers vers la rigueur géométrique ou vers la fantaisie. La juxtaposition de massifs réguliers, strictement dessinés, où les jeux de couleurs se répètent avec symétrie, est la plus classique et elle reste fidèle à l’inspiration du « jardin à la française ». La seconde, plus moderne, procède par juxtaposition de grandes touches monochromes comme dans les « mixed-borders » de plantes vivaces chères aux jardiniers anglais.

La solution « dessinée » paraît de prime abord d’exécution plus facile et peut séduire par ce côté, mais c’est une apparence qui peut être trompeuse car, pour être valable, un tel jardin doit toujours être entretenu de façon absolument impeccable. li risque aussi très souvent de ne pas être en harmonie avec le style des maisons d’aujourd’hui.

Enfin, un tel dessin est pratiquement immuable et son aspect un peu sévère peut lasser à la longue.
La mixed-border offre une formule plus souple et davantage de possibilités de renouvellement puisque, à l’intérieur des contours du massif, la proportion relative des touches de couleurs juxtaposées peut changer à chaque replantation.

Fleurs bulbeuses : Plantations périphériques

De préférence et surtout si votre jardin d’agrément est de surface limitée, établissez de tels massifs à la périphérie du terrain en les adossant si possible à une haie ou à un massif d’arbustes dont le fond de verdure les mettra en valeur. Evitez les contours trop sinueux qui sont le plus souvent disgracieux et qui, de plus, compliquent la tonte du gazon à leurs abords. Mais, qu’ils soient de forme stricte ou libre, ces massifs, comportant une surface fleurie de façon homogène relativement importante, présentent quelques sujétions en contrepartie de l’effet marquant qu’ils produisent.

Pour que cet effet soit maximum, il faut que la plantation soit suffisamment dense afin que la végétation cache entièrement le sol. Ceci implique un nombre important de plantes au mètre carré… et une dépense en rapport. Pour cette raison, il n’est généralement pas question d’employer exclusivement les plantes bulbeuses pour de telles garnitures.

Style régulier

Jardin AngleterreCe jardin d’Angleterre offre un exemple typique du « style régulier ». Les bordures de buis soigneusement taillées matérialisent les contours d’un dessin géométrique qui sert de canevas aux plantations de fleurs de printemps. Le fond de chaque massif est composé de Myosotis, une des meilleures « bisannuelles » pour cet usage. De ce tapis émergent des tulipes Triomphe, qui composent avec lui une symphonie en bleu, rose et blanc.Le temps de l’épanouissement des tulipes est évidemment le « moment de gloire » de cet ensemble mais, même lorsqu’il sera terminé, la floraison prolongée des Myosotis lui conservera son intérêt jusqu’en fin mai, où les fleurs du printemps céderont leur place à celles de l’été.

Mixed-border

Jardin Mixed borderLe principe de la plantation en mixed-border est de juxtaposer de larges « taches » de couleurs différentes mais choisies de façon qu’elles voisinent agréablement. L’emploi de teintes neutres telles que le blanc, le crème ou le jaune pâle permet cependant de rapprocher des nuances antagonistes. Afin d’éviter un effet trop disparate, il faut cependant observer une « dominante de couleur » qui donne son unité à l’ensemble et qui se trouve fournie ici par le bleu doux du fond de Myosotis. Notez que, si les plantations en massifs réguliers n’admettent guère plus d’une variété de tulipe employée simultanément, il est possible d’en adopter beaucoup plus dans la mixed-border, sans bariolage.

Fleurs bulbeuses et fleurs bisannuelles

L’association des fleurs bulbeuses à d’autres plantes de même époque d’épanouissement présente un double avantage: la période de plein effet des massifs ainsi réalisés s’étend sur six à dix semaines, suivant les espèces utilisées, tandis qu’elle serait seulement d’une quinzaine de jours en moyenne avec les bulbes employés seuls.

D’autre part, cette combinaison permet de réaliser une appréciable économie car le « prix au mètre carré planté » est considérablement réduit de cette façon. Pour la plupart, il suffit de 15 à 20 de ces plantes par mètre carré de massif et elles sont très facilement obtenues par se mis, donc pour un prix modique. (A titre indicatif, un sachet de graines de Pensées coûtant quelques euros, permet d’obtenir environ 200 plants, soit 10 mètres carrés de massif).

Que sont les bisannuelles ?

Pour les voir fleurir au printemps, il faut toutefois un peu de prévoyance: ces espèces sont en effet appelées « bisannuelles » parce que leur culture s’échelonne sur deux années successives. Leur semis a lieu en juillet-août en pépinière, en sol léger. Le temps souvent chaud et sec de cette période oblige à arroser régulièrement et à ombrer pour favoriser la levée. Dès que les jeunes plants présentent 3 à 4 feuilles, ils sont repiqués à 5 ou 6 cm de distance en tous sens pour donner à chacun son « espace vital ». La plantation définitive, à 20 ou 25 cm de distance, a lieu en octobre-novembre et les plantes commencent à fleurir en fin mars ou début avril de l’année suivante.

Les Pensées sont parmi les plus utilisées des plantes à floraison printanière mais, ici encore, il importe de faire un choix car certaines races ne commencent guère à fleurir qu’en mai. Adoptez donc seulement les plus précoces: race « Hyemalis » (qui commence souvent déjà à fleurir avant l’hiver), race « d’Aalsmer », race « Géante » à floraison hâtive.

Les variétés unicolores blanches, bleues, rouges ou jaunes plantées en coloris purs sont celles qui donnent généralement les meilleurs effets car elles permettent d’obtenir des contrastes vifs et tranchés. Les Violettes cornues, enfin, dont les fleurs ont la forme de Pensées miniatures, sont à notre avis beaucoup trop peu utilisées car elles forment de véritables tapis hauts en couleurs dans des tons bleus, jaunes et violets extrêmement lumineux.

Elles commencent de plus à fleurir très tôt et leur basse taille en fait un excellent « faire valoir » des plantes bulbeuses. En ce qui concerne ces dernières, ce sont incontestablement les Tulipes qui conviennent le mieux à la plantation des massifs, bien que les Narcisses puissent aussi être utilisés.

Un choix judicieux de tulipes

Toutes les races à tige suffisamment haute et rigide peuvent être employées mais les plus recommandables sont, par ordre de floraison, les Mendel, Triomphe, Super Darwin, Darwin et Cottage, ainsi que les doubles hâtives et tardives dont les nombreuses variétés offrent une multitude de coloris.

Les variétés les plus précoces ont un avantage cultural sur les autres : la formation de leur nouvel oignon commençant plus tôt, celui-ci présente une maturation plus avancée lorsque les massifs doivent être « remaniés » en fin mai, pour faire place aux fleurs d’été. Ceci augmente en principe leurs chances de longévité. Toutefois, un arrachage soigneux, conservant la motte de terre qui adhère aux racines et suivi d’une « mise en jauge » à exposition ombragée permet aux oignons plus tardifs d’achever leur évolution dans des conditions presque aussi satisfaisantes.

Quelles fleurs adopter?

Voici les espèces susceptibles de jouer ce rôle de « dames de compagnie » pour les fleurs bulbeuses. Les Myosotis sont surtout utilisés dans leurs coloris bleus plus ou moins soutenus. Préférez les variétés naines et compactes, hautes au plus de 15 à 20 cm, dont la basse taille permet de bien mettre en valeur la sveltesse des Tulipes. Il en est de même pour les Giroflées ravenelles jaunes, rouges ou brunes dont les variétés ordinaires sont trop hautes pour la majorité des tulipes.

De développement plus lent que les autres « bisannuelles », les Giroflées ravenelles doivent être semées plus tôt : en mai-juin, et il est préférable de les repiquer en godets lorsqu’elles sont très jeunes car elles supportent mal la transplantation, du fait de leurs racines pivotantes. Les Pâquerettes les plus indiquées pour la plantation de massifs sont celles du type « Pomponnette », car leurs petites fleurs blanches, roses ou rouges produisent un effet de masse très supérieur à celui que donnent les races à gros capitules.

Pour réaliser vos massifs, mettez d’abord en place les bisannuelles en « oubliant » un plant sur trois. A chacun de ces emplacements libres, vous planterez ensuite un ou, mieux, trois bulbes de tulipe de la variété choisie. Limitez votre choix à une seule variété de tulipe par massif.

Fleurs bulbeuses en liberté

La concentration des floraisons en massifs homogènes, de surface relativement importante et dont la place est généralement fixée une fois pour toutes dans le dessin du jardin, appartient à la conception classique et traditionnelle de celui-ci. Voyons maintenant l’autre tendance qui consiste, au contraire, à disséminer de petits groupes fleuris en des endroits bien choisis. Chacun de ces groupes devient ainsi un « point focal » qui attire le regard. Le décor floral ainsi « éclaté » perd en effet de masse mais gagne en diversité et la plupart du temps, à surface plantée égale, le jardin paraît beaucoup plus fleuri de cette façon que de la manière classique.

Il faut évidemment que son style s’y prête mais cette technique s’adapte très bien au jardin moderne dont l’essentiel est un tapis de gazon entouré d’un cadre d’arbustes décoratifs. Elle convient aussi parfaitement au caractère des plantes bulbeuses qui s’affirme beaucoup mieux dans une apparente liberté que lorsqu’elles sont plantées en rang d’oignon…

La plantation par petits groupes permet aussi d’employer la totalité des espèces de plantes bulbeuses alors que seules les tulipes se prêtent vraiment à l’ornementation des massifs. Ainsi, selon les situations, vous pourrez aussi bien utiliser les Narcisses, les Jacinthes, les petits bulbes à l’endroit où ils seront le mieux vus et mis en valeur.

Il n’y a pas d’inconvénient, bien au contraire, à utiliser plusieurs variétés d’une même espèce pour constituer des groupes différents, mais il faut, par contre, absolument que chacun de ceux-ci ne comporte qu’une seule sorte : le mélange ne produit jamais qu’un effet disparate. Toutefois, il n’est pas interdit d’associer des espèces différentes, par exemple de faire une bordure de Muscaris devant des Tulipes ou de Scilles devant des Narcisses.

Imiter la nature

L’importance en surface de chacune des « colonies » dépend de l’étendue du jardin et doit être en proportion avec celle-ci; plus la surface est vaste et plus elles doivent être fournies. Il en est de même si elles doivent être vues de loin. Lorsque moins de dix plantes sont employées, il est préférable d’adopter un nombre impair cinq, sept ou neuf. Au-delà, la quantité utilisée n’a plus d’importance.

Évitez en tous cas que des groupes successifs soient d’importance égale : il ne s’agit pas d’imiter en plus petit des massifs réguliers mais il faut au contraire chercher à obtenir une allure spontanée, naturelle… La mise en oeuvre de la technique des petits groupes est extrêmement souple; vous risquez peu avec elle de commettre de graves erreurs d’esthétique. Elle mérite cependant d’être « pensée » pour en tirer tout le meilleur parti.

Tenez compte, notamment, du fond sur lequel se détachera chaque touche de couleur ainsi créée, pour qu’elle soit en harmonie avec lui. Ainsi, des tulipes roses ou des narcisses jaunes donneront le meilleur d’eux mêmes en avant d’un Cèdre bleu tandis que les tons rouges sont mis en valeur devant l’écran vert intense d’une haie de Thuyas.

En point de mire

Situez de préférence les touffes fleuries sur les « axes de vue » principaux du jardin. La place de ce groupe de Narcisses a été parfaitement choisie puisqu’elle se situe dans l’axe d’une percée qui, au-delà de la clôture, s’évade vers la campagne environnante. La vieille grange sert de toile de fond au décor et l’ensemble compose un merveilleux tableau rustique.

Retenez aussi l’idée de l’association intime qui a été réalisée ici entre les Narcisses et l’arbre qu’ils entourent la nature seule semble avoir présidé à ce rapprochement. L’effet de l’ensemble aurait été renforcé en plantant en bordure quelques groupes de « petits bulbes » à fleurs bleues (Scilles, Muscaris), pour contraster avec le jaune.

Plans successifs

Avant de planter, déterminez l’emplacement où chaque touche de couleur produira le maximum d’effet placez-vous pour cela aux « points stratégiques » du jardin : son entrée, la salle de séjour de la maison, la terrasse, etc., et imaginez le résultat que vous souhaitez obtenir au prochain printemps. Matérialisez chacun des endroits choisis par un piquet autour duquel vous situerez ensuite les bulbes.

Cette scène très fleurie a été composée ainsi et vous pouvez constater que, par une illusion d’optique, chaque groupe semble s’ajouter à ceux qui sont situés sur des plans différents. Veillez donc à ce qu’ils soient le mieux possible composés de variétés dont les couleurs s’accordent en contraste ou en harmonie.

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