Comment réussir vos haies ?

Comment créer une haie, la planter et réussir sa taille ?

De tout temps les haies ont joué un rôle important dans le paysage. Elles sont caractéristiques des pays de bocages faits de parcelles séparées par des haies vives ou nichent les oiseaux. Le remembrement les fait disparaître, un retour à l’écologie bien comprise les rétablit. Dans les jardins le rôle des haies a évolué. Du temps des grandes propriétés elles avaient essentiellement le rôle de clôture défensive. C’était des haies vives faites en grande partie d’épineux : Aubépine, Prunellier, Poirier sauvage, Robinier.

Une fois établies, elles étaient infranchissables plus que des murs. Du fait du morcellement des propriétés qui entraîne une sécurité de groupe les haies extérieures ne jouent plus guère qu’un rôle de bornage, d’isolement et la plupart du temps elles sont peu élevées et plus décoratives que défensives. Elles marquent un territoire. Elles masquent les constructions inesthétiques : citerne à mazout, abri à matériel, pourrissoirs, soubassements, etc.

En sens contraire elles conduisent le regard sur des scènes formant point de vue, intérieures ou extérieures. Elles servent de toile de fond aux mixed borders. Elles compartimentent le jardin, permettant ainsi de grouper des scènes de genres différents qui augmentent l’intérêt sans nuire à l’unité de la composition. Avec les allées elles participent au dessin du jardin et, parfois, elles en sont l’élément principal comme dans certains jardins de style Renaissance, dont Villandry est le meilleur exemple.

Les haies de jardin peuvent être décoratives par elles-mêmes, qu’elles soient mises en forme géométrique ou qu’elles soient laissées libres, les arbustes étant alors abandonnés à leur végétation naturelle. Dans tous les cas on peut obtenir des haies un effet intéressant : effet de feuillage, vert ou coloré, effet de floraison et même de fructification, certains arbustes, Pyracanthas et Cotoneasters par exemple donnant des fruits dont la masse vaut des fleurs.

A cet égard les haies fruitières peuvent être considérées à deux fins. On peut aussi envisager des haies odorantes faites d’arbustes aromatiques comme le Romarin. Enfin les haies ont à l’intérieur des jardins un rôle utilitaire non seulement dans les pépinières ou elles servent de brise-vent et d’ombrelles, mais même dans les jardins d’ornement où elles créent des microclimats salutaires aux plantes délicates.

On voit que les haies ont beaucoup d’avantages et qu’elles doivent être considérées à leur juste valeur au moment de la création ou de la transformation d’un jardin. En bref, les haies protègent, cache-misère ou architecture végétale, elles accusent le caractère d’un jardin et de ce fait elles contribuent à sa beauté. Au chapitre des inconvénients, on retient en premier lieu la nécessité de leur entretien : tonte de mise en forme, taille de rajeunissement, défense contre les herbes grimpantes, éventuellement arrosage, apport d’engrais, lutte contre les insectes et les maladies.

La liste parait grande, mais en fait les arbustes à haies sont naturellement assez réfractaires aux parasites et l’entretien indispensable, et seulement pour les haies géométriques, se ramène à deux tailles annuelles. Il reste que les haies ont des racines qui peuvent entrer en concurrence avec celles des plantes voisines.

Cet inconvénient est nul lorsqu’elles sont en bordure d’allée ou lorsqu’elles servent de fond 4 une scène de jardin. Ailleurs on y remédie en choisissant les espèces à racines compactes et non-traçantes. On le voit, les inconvénients des haies sont mineurs et comptent peu au regard de leurs avantages. Encore faut-il les constituer avec des arbustes bien adaptés au sol et au climat, bien les planter et les entretenir convenablement.

Le présent guide vise à vous garantir ces conditions de succès.

Leur emplacement

Les haies de clôture sont installées en retrait de la limite de propriété. Si la propriété n’‘a jamais été clôturée on doit en premier lieu délimiter son contour avec précision. Si un bornage existe on prendra le milieu des bornes comme repère ou l’on se tiendra légèrement en retrait. On tend raide un cordeau entre les repères et on enfonce quelques piquets pour matérialiser l’alignement.

Si les bornes n’existent pas il vaut mieux s’adresser à un géomètre qui indiquera les limites en se basant sur le plan cadastral. La distance à observer entre les arbustes et la limite de propriété est fixée à un demi-mètre par l’article 671 du Code civil sauf règlements particuliers actuellement existants ou usages constants et reconnus. C’est la réglementation légale pour toutes les plantations n’excédant pas 2 m de hauteur.

Pour les arbres et les arbustes dépassant cette hauteur l’éloignement de la limite du fond est de minimum de 2 m. II ne faut pas limite du fond est au oublier que les arbustes se développent en tous sens, dans l‘air et dans le sol et que le propriétaire voisin peut légalement vous contraindre à couper les branches et les racines qui envahissent sa propriété même sans apporter la preuve qu’elles lui causent un préjudice quelconque.

Étant donné les inconvénients qu’il y a à passer sur le fond voisin pour tailler la haie de ce côté, on préfère souvent une clôture en maçonnerie, en grillage, en lattes jointives, quitte à masquer cette première clôture inesthétique à l’aide de plantes grimpantes ou d’un rideau d’arbustes.

Cette difficulté d’entretien extérieur n’existe pas du côté de la voie publique d’où il est relativement facile de tailler la haie, même si elle est contre une grille ou un grillage. Ce n’est que plusieurs années après sa plantation qu’une haie constituée de jeunes arbustes au départ joue pleinement son rôle de clôture. Aussi, en attendant que les arbustes qui la constituent aient pris un développement suffisant, la double-t-on souvent de 3 ou 4 cours de fil de fer tendus entre des pieux et supportant ou non un grillage.

Choix de l’espèce

La hauteur normale d’une haie de clôture est de 1,80 m, nécessaire pour arrêter la vue d’une personne placée a son pied. Elle doit être constituée d’arbustes vigoureux, touffus, donnant un feuillage serré très opaque, généralement persistant en hiver, bien qu’on puisse adopter une espèce à feuilles caduques lorsqu’on ne cherche pas à masquer la vue complètement. On peut les vouloir épineuses ou inermes.

Arbustes 4 feuillage persistant.

  • ARBUSTES INERMES. C’est parmi eux qu’on trouve les arbustes à feuillage dense faisant les plus belles haies. Laurier-Cerise, Buis, Cyprès de Lawson, Cyprès de Lawson « Allumi », Cyprès de Lawson « Fletcheri », Faux Cyprès de Leyland, Cyprès d‘ltalie, Cyprès de Lambert, Cyprès de l’Arizona, Laurier noble (Laurier sauce), Troène de Californie (demi-persistant), Bambous du genre Phyllostachys, Pittosporum, Chêne vert, Alaterne, If.
  • ARBUSTES ÉPINEUX. Houx, Argousier, Buisson ardent.

Arbustes a feuillage caduc.

  • ARBUSTES INERMES. Charme (charmille), Hêtre pourpre, Noisetier pourpre, Forsythia, Prunier de Pissard, Lilas.
  • ARBUSTES ÉPINEUX. Aubépine, Cognassier du Japon, Lyciet.

Préparation du sol

Le sol doit être défoncé, c’est-à-dire ameubli et amendé sur toute la longueur de la haie, 60 cm de largeur et autant de profondeur. Ce travail doit être fait si possible deux ou trois mois avant la plantation de façon que la terre travaillée ait le temps de se tasser et de reprendre son volume normal avant ladite plantation. Pour défoncer on procède par petites tranchées successives de 60 à 80 cm de longueur. La terre extraite de la première tranchée est transportée à l’autre extrémité. La deuxième tranchée comble la première, la troisième comble la deuxième et ainsi de suite.

Si la terre de fond est mauvaise et qu’on ne puisse pas la remplacer par de la bonne venue de l’extérieur, ou prise à l’intérieur de la propriété, par exemple à l’emplacement d’une construction, on procède comme dans le système du labourage à deux jauges, de manière que la terre soit déplacée sans être complètement retournée, c’est-à-dire sans que la terre de fond se retrouve en surface. Pour obtenir ce résultat on ouvre au départ non seulement la première tranchée, mais encore la moitié de la seconde.
Cette première jauge étant ouverte (1, 2 et 3), la seconde phase du défoncement consiste à piocher et à jeter 4 en 2 et 5 en 1. La troisième phase consiste a jeter 6 en 4 et 7 en 3. Ainsi de suite.

Préparation du sol pour les haies

Engrais et amendements.

Surtout si le sol est pauvre il est bon d’incorporer à la terre 1 kg d’engrais complet (du type 3% d’azote, 6% d’acide phosphorique, 9 % de potasse) par mètre linéaire de tranchée, ou 3 kg par mètre cube de terre remuée. On répand l’engrais en plusieurs fois, au fur et à mesure du jet de la terre, de façon à l’incorporer aussi régulièrement que possible. Dans les terres très sableuses il y a intérêt 4 incorporer, en plus de l’engrais, 5 a 6 kg de tourbe par mètre linéaire de tranchée. Si le terrain est humide et souvent saturé d’eau, on drainera le fond de la tranchée par exemple en y rassemblant les grosses pierres rencontrées au cours du défoncement et au besoin en y plaçant des drains. Au cours du défoncement il faut prendre soin de retirer tous les rhizomes des mauvaises herbes vivaces : chiendent, liseron, oseille, renoncule, etc., qu’il devient très difficile d’éliminer ultérieurement.

Époque de plantation

Le meilleur moment est novembre, mais on peut planter les arbustes en motte d’octobre a mai et même toute l’année lorsque les arbustes ont été élevés en containers. Les Cyprès et autres conifères reprennent souvent mieux lorsqu’ils sont déjà ou encore en sève, en avril-mai ou en septembre. Une plantation faite durant la végétation demande en été des soins plus attentifs, notamment des arrosages plus fréquents et même des bassinages sur le feuillage par temps sec. Les arbustes à feuilles caduques livrées à racines nues doivent obligatoirement être plantés pendant le repos de la végétation, de préférence en automne.

Espacement des arbustes.

Alors que les arbustes plantés en massifs s’espacent suivant leur développement, les arbustes en haies s’espacent à peu près également quelle que soit leur espèce. En principe, lorsqu’on plante des sujets forts, on les dispose sur un seul rang. Lorsqu’on ne cherche pas un effet immédiat, ou pour des raisons d’économie, ou encore lorsque la nature des arbustes l’exige, on constitue la haie à partir de plants de deux ou trois ans repiqués plantés en quinconce sur deux rangs distants de 25 à 30 cm environ et à 30 cm sur le rang. On constitue des haies de cette manière avec les charmilles, les hêtres, les aubépines. il est alors recommandé de renforcer la haie temporairement par deux ou trois tours de fil de fer assujettis 4 des pieux, passant entre les deux lignes de plants.

La plantation

Les arbustes étant transportés sur le terrain, on rouvre des trous suffisamment grands pour loger à l’aise les mottes ou les racines. Les arbustes sont débarrassés de leur emballage : panier, tontine de paille, container. Si l’on s’aperçoit que les mottes sont sèches (ou les racines s’il s’agit de sujets à racines nues), on les trempe un bon moment dans de l’eau contenue dans un baquet. Les racines sèches sont souvent la cause de la mauvaise reprise des arbustes, parfois même de leur mort. C’est pourquoi il est recommandé de praliner systématiquement les racines de tous les arbustes à feuilles caduques livrés à racines nues. Le pralinage consiste à plonger les racines dans un délayage de terre grasse formant une boue liquide dans laquelle on a mis quelques doses d’hormones d’enracinement.

Chaque arbuste est mis en place en tenant compte de sa forme, de façon qu’il s’intègre bien dans la haie. Le comblement du trou terminé, on tasse la terre au pied avant de passer à la plantation de l’arbuste suivant. Lorsque tous les arbustes sont plantés, on aménage une cuvette au pied de chacun d’eux et l’on y verse de l’eau copieusement pour qu’elle pénètre jusqu’aux racines. Dans les régions où soufflent des vents violents, les haies en cyprès doivent être protégées. Chaque cyprès est étayé à l’aide d’une perche fixée obliquement.

Formation des haies régulières

Après la plantation il faut s‘attacher à la formation de la haie. Malgré le désir qu’on a toujours de voir la haie monter très vite à sa hauteur définitive, il ne faut la faire progresser annuellement que de quelques centimètres, 15 à 20-25, suivant les espèces. On modère la croissance verticale par la taille. Si on laissait les branches s’élever librement il en résulterait une lente dénudation de la base des arbustes, ce qui serait d’un très mauvais aspect et diminuerait l’opacité de la haie. Une première taille est faite après la plantation, mais seulement lorsque la terre s’est bien tassée et les arbustes stabilisés.

La taille du dessus se fait en se guidant sur un cordeau fortement tendu. Deux cas peuvent se présenter. Si le terrain est « de niveau », c’est-à-dire approximativement horizontal, ou en très faible pente, la taille du dessus se fait horizontalement. Cette horizontalité, qui rappelle et s’harmonise à celle des bâtiments, escaliers, terrasses, etc., contribue beaucoup à la bonne esthétique de la haie. Lorsque le terrain est très en pente, la taille du dessus se fait en escalier, chaque redent étant mis à l’horizontale, exactement comme s’il s’agissait de la construction d’un mur. Les dénivellations successives doivent avoir la même importance. Les haies libres dans lesquelles les arbustes sont abandonnés à leur forme naturelle ne sont pas soumises à cette règle.

Réglage de l’épaisseur.

Généralement il y a peu à tailler latéralement immédiatement après la plantation. L’intervention, s’il y a lieu, se fait au sécateur. Les coupes provoquent la naissance de nombreuses pousses fines qu’il est facile ultérieurement de tondre a la cisaille.

Taille des haies anciennes.

Époque de la taille. Très généralement la décoration d’un jardin est refaite deux fois par an : le 15 mai, pour la mise en place de la garniture d’été : Géraniums, Pétunias, Bégonias, Impatiens, etc., et le 15 octobre pour la mise en place des Chrysanthèmes et de la garniture de printemps : Pâquerettes, Myosotis, Giroflées, etc. Ces plantations sont précédées d’un toilettage général du jardin qui comprend notamment la tonte des haies. On profite de ce que les plates-bandes sont mises à nue pour tondre les bordures de buis et les haies de fond. L’exécution de la taille et l’enlèvement des coupes se trouvent facilités.

Les haies taillées en mai repoussent encore avant l’arrêt de la végétation en été mais peu, et elles peuvent être laissées en l’état jusqu’en automne, époque ou la seconde coupe les remettra en condition de passer l’hiver. Si l’on n’est pas tenu par ces considérations et qu’on ne veuille ou qu’on ne puisse faire qu’une taille, c’est fin juin qu’il faut la faire, après la grande pousse du printemps. Si la saison est sèche il convient de donner un arrosage après la tonte pour stimuler l’émission de nouveaux bourgeons. Le lecteur aura remarqué l’emploi des mots taille et tonte pour désigner la même opération. Au vrai, le mot taille s‘applique aux coupes faites au sécateur (laurier-cerise) et le mot tonte aux coupes faites a la cisaille.

Pratique de la tonte.

Elle se fait à la cisaille à main ou à la cisaille électrique. Les cisailles à main ont des lames en acier forgé. Certaines sont munies de talons d’arrêt ou d’amortisseurs en caoutchouc qui diminuent le bruit et le choc des lames. Les cisailles à moteur électrique se relient à une prise de l’habitation ou a un petit groupe électrogène sur brouette.

Quel que soit le modèle employé, il faut prendre soin de tenir la cisaille bien parallèle au plan de coupe. Les personnes inexpérimentées ont tendance à laisser piquer l’extrémité de la cisaille entraînée par son poids. Il en résulte, ça et là, des coupes trop profondes, des trous, qui donnent à la haie un aspect déchiqueté. Au départ de la tonte il est prudent de tenir l’extrémité de la cisaille légèrement relevée et de n‘adopter la bonne position que lorsqu’on a l’outil bien en main.

Rabattage des branches vieillies.

Sur les haies anciennes on constate que les vieilles branches se dénudent sur presque toute leur longueur pour se terminer en tête de saule, c’est-à-dire par un bouquet de petits rameaux plus ou moins chétifs.

Pour les rajeunir il faut rabattre chaque année quelques branches très bas, jusque dans la profondeur de la haie, afin de les faire se ramifier à nerf. Il serait même préférable de faire un rabattage général de toute la haie si l’on peut accepter cette mesure draconienne. Ce traitement doit être complété par un apport d’engrais et des arrosages pour faire repartir les branches rabattues.

Haies greffées

Nous signalons ici pour mémoire un procédé original employé autrefois qui consistait, dans les haies bocagères, à greffer en approche les branches des arbustes voisins de façon qu’il n’y ait qu’une solution de continuité dans la haie, pour mieux interdire le passage au travers. Ce greffage se pratiquait principalement dans les haies faites de Viorne, d’Aubépine, de Cornouiller mâle, etc.

Remplacement ponctuel d’arbustes morts

Si un arbuste meurt dans une haie ancienne, il est souvent possible de combler le vide simplement en tirant des branches de droite et de gauche. Si la brèche est importante il faut replanter un jeune arbuste, mais alors il se passe deux ou trois ans avant de rétablir l’intégrité de la haie.

Aussi, si l’on ne trouve pas en pépinière un arbuste très fort, ayant été contre-planté plusieurs fois pour lui faire développer de nombreuses racines qui le rendent apte à subir la transplantation avec succès, il est préférable de prélever un arbuste de remplacement à l’une des extrémités de la haie. C’est celui-ci qui sera remplacé par un jeune arbuste ; ce sera moins disgracieux que de l‘introduire au milieu de la haie.